EMMANUEL SALIFOU SUR L’AGRICULTURE DANS LES FORETS CLASSEES : « La loi permet aux populations de s’installer sur une partie de la forêt » dixit le Capitaine des eaux, forêts et chasse.

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Avec l’indisponibilité de plus en plus accrue des terres cultivables provoquée en partie par la poussée démographique, les agriculteurs prennent désormais d’assaut les forêts classées dans l’exercice de leurs activités. Ceci, la plupart du temps au mépris des textes qui régissent l’agriculture dans ces espaces protégés. C’est justement pour en savoir plus sur la réglementation en la matière que votre journal s’est rapproché d’un agent des eaux, forêts et chasse, le Capitaine Emmanuel Salifou. Le Chef du service reboisement et aménagement des forêts à l’Inspection Forestière du Borgou dans cet entretien accordé à Agri Impact, situe les uns et les autres. Lisez plutôt !

Propos recueillis et transcrits par Jacques D. BOSSE

Agri Impact : vous avez comme nous fait le constat selon lequel les activités agricoles se développent aujourd’hui dans nos forêts classées. Est-ce que dans les normes cela est autorisé ?
Emmanuel Salifou : Il faut dire que la forêt classée est un domaine qui est exempt de tout droit d’usage c’est-à-dire que la forêt est soumise à un régime restrictif de l’exercice des droits d’usage des individus ou des collectivités après une procédure de classement. En clair, lorsqu’une zone est reconnue comme forêt classée, on n’est plus libre d’aller faire les activités dedans sans l’accord préalable de l’administration qui est chargée de la mise en œuvre de la politique forestière au niveau national.
Lorsqu’on prend aujourd’hui les forêts classées au Bénin, quel état des lieux peut-on en faire ?
Depuis le temps des colons c’est-à-dire depuis 1938 que les colons ont commencé par prospecter nos pays d’Afrique, ils avaient eu en idée de réserver des zones qu’ils ont appelées des forêts classées. Ils ont choisi ces zones et ont mis des bornes pour les délimiter. Ceci a été fait de commun accord avec les autorités locales que sont à l’époque les chefs cantons ainsi que des chefs traditionnels. C’est dire que les blancs avaient déjà une vision futuriste de réserver des zones écologiques pour le bonheur des générations à venir. Alors que nous, nous ne prévoyons pas. Ces blancs ont anticipé et c’est dans cette logique qu’ils ont eu à réserver et à délimiter des zones appelées forêts classées. Des zones qui seront mises à la disposition des autorités locales de l’époque que sont les chefs cantons afin qu’elles soient interdites d’accès et qu’on ne puisse pas y développer des activités agricoles. A cette époque la parole de l’autorité était sacrée et personne ne pouvait entrer dans ces zones pour cultiver ou pour quoi que ce soit. Mais avec l’évolution et la poussée démographique, l’État n’ayant pas les moyens de sa politique, c’est-à-dire en ce qui concerne la préservation, la conservation et la protection des forêts classées, ces espaces protégés ont été envahis. Il n’y avait pas suffisamment de moyens aussi bien humains que matériels pour pouvoir assurer la sécurité de nos forêts. Les populations, les zones qui leur ont été concédé par leurs parents par le principe du droit coutumier tendent à finir. Au fur et à mesure que la terre s’élargissait, la terre devenait de plus en plus rare. Mais l’État en 1993 a fait une étude et a compris que nos forêts sont en train d’être prises d’assaut par nos parents. Il fallait alors adopter une politique qui permet à ce que l’État et l’administration forestière travaillent en synergie avec les populations à la base afin qu’elles puissent préserver elles aussi ces ressources naturelles. Des structures avaient été mises en place mais avec la poussée démographique et la pauvreté qui s’accentue, nos forêts ont été prises d’assaut et aujourd’hui quand vous rentrez dans les forêts classées, vous vous rendez compte qu’effectivement, nous ne disposons plus réellement d’une zone totalement protégée. Vous avez plutôt une fragmentation où on a des portions qui sont prises d’assaut pour l’agriculture et des portions écologiques.
Que disent les textes sur la pratique agricole dans les forêts classées au Bénin ?
Je vous disais tout à l’heure que lorsqu’on parle de forêts classées, ce sont des forêts qui sont soumises à un régime restrictif du droit d’usage des individus ou des collectivités après que la zone soit classée. Le domaine classé étant exempt de tout droit d’usage, tout défrichement y est interdit. Cependant, selon certaines dispositions de la loi, on est arrivé à comprendre qu’il faut associer les communautés. Et s’il faut associer les communautés, cela voudra dire que quelque part on leur tend la main pour qu’ensemble nous puissions gérer efficacement nos forêts. Il y a un document qui sert de contrat entre l’administration forestière et la communauté à la base. A l’intérieur de ce document, la loi permet aux populations de s’installer sur une portion de la forêt classée. Le plan d’aménagement permet à ce que les populations travaillent dans les forêts mais suivant des directives précises. Pour avoir accès à la forêt classée, sur la base du plan d’aménagement au niveau de chaque village et au niveau des arrondissements, sont mises en place des structures qu’on appelle structures de cogestion. Normalement, avant d’entrer à l’intérieur de la forêt pour l’agriculture, c’est avec ces communautés il faut préalablement discuter. Ce sont eux qui indiquent les zones réservées pour l’agriculture en se basant sur le document qui les lie avec l’administration forestière.
Par quel mécanisme est faite la délimitation de toutes ces zones ?
La forêt classée, c’est un domaine ceinturé par une zone tampon, c’est-à-dire la zone protégée est à part et puis la forêt classée à part. la forêt classée a ses limites mais il y a d’autres zones qui la ceinturent. Pour éviter qu’elle ne soit détruite, il faut qu’il y ait une bande de cinq kilomètres à l’intérieur de la forêt classée. La zone qui ceinture la forêt classée, c’est cette zone qui est appelée zone tampon. En clair, à partir de la limite de la forêt classée jusqu’à l’intérieur sur cinq kilomètres, c’est la bande qui ceinture et c’est cela qu’on appelle les zones de culture où l’agriculture est autorisée. Il est interdit de cultiver hors des cinq kilomètres en réalité. L’objectif du plan d’aménagement, c’est de morceler une portion qui est réservée à l’agriculture, une autre portion pour la production de bois et une troisième portion appelée portion de protection pour la pérennité de la biodiversité. Il faut préciser que le document prévoit que pour chaque ménage ou individu, il est interdit de dépasser 2.5 hectares pour la culture. Et ce sont les agriculteurs issus des villages environnants qui peuvent avoir accès à ces terres en payant une contribution de 2.500 francs par année et par hectare appelée fonds d’aménagement.
La culture dans les forêts classées, est-ce une menace ou une opportunité ?
Ça dépend de là où l’on se situe pour apprécier. Ceux qui bénéficient de la

forêt diront que c’est une opportunité parce qu’ils tirent des bénéfices. Mais l’État est dans une logique de préserver nos ressources forestières pour les générations futures. Lorsqu’on est dans cette position, c’est bien évident que tel que nous voyons l’état de nos forêts aujourd’hui, cela constitue une menace forte pour nos ressources naturelles. Les populations doivent comprendre que ce que nous vivons aujourd’hui en termes de changement climatique, est dû au fait que nos activités agricoles impactent beaucoup nos forêts.
Il n’y a pas que les agriculteurs qui exploitent les forêts classées, il y a aussi les éleveurs. Qu’en est-il des conditions à ce niveau ?
La même chose se fait au profit des éleveurs. Il y a à l’intérieur des forêts classées une zone réservée aux éleveurs qu’on appelle la zone de pâturage. Pour avoir accès à la forêt classée, il y a ce qu’on appelle le couloir de passage. Ces couloirs sont matérialisés pour que les éleveurs en se déplaçant puissent aller paître leurs animaux dans la zone de pâturage. Si c’est un éleveur autochtone, il paye 500 francs cfa par tête de bœuf ; 200fcfa pour les petits ruminants. Ce que je suis en train de dire, ce sont les montants d’un plan d’aménagement de la deuxième génération c’est-à-dire la forêt classée de N’dali. Je le spécifie pour que les gens comprennent que les prix varient d’une zone à une autre selon la forêt classée. Les plans d’aménagement qui ne sont pas encore actualisés, leur processus d’actualisation est actuellement en cours.

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