Le temps au temps !

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728 000 tonnes ! C’est le record-coton du Bénin au titre de la campagne agricole 2020-2021. Ceci confirme notre pays une fois encore à sa place de leader du coton africain. En somme, une fierté pour le gouvernement qui, grisé par ce résultat très élogieux, ne compte pas, à en croire le ministre de l’agriculture Gaston Dossouhoui, dormir sur ses lauriers. Sous l’impulsion du Chef de l’État Patrice Talon, lui-même magnat de coton, le Bénin veut aller plus loin en atteignant les mille tonnes. Mais si notre pays est le premier producteur de coton en Afrique, il est, pour l’heure, un très mauvais élève en matière de transformation de son coton fibre pour ne prendre pour exemple que cette production-là. Le Bénin manque de perspectives en ce qui concerne sa pré-industrialisation avant même de tendre vers la pleine industrialisation. Et les productions de nos braves paysans sont presque toutes convoyées, sans valeur ajoutée vers l’Asie et l’Occident. Dans ces conditions, le producteur ne pourra jamais sortir de sa précarité et le chômage des jeunes ira grandissant. Maintenant, il faut bien avoir le courage d’installer ici des industries textiles dont vous et moi pouvons porter les produits finis avec grande fierté. N’est-il pas temps que le succès obtenu à l’échelle continentale quant à la production cotonnière se nourrisse d’un autre rêve ? « …La dynamique de développement en cours sera davantage portée par le retour de l’Etat dans l’investissement industriel pertinent… », disait Patrice TALON solennellement lors de son discours d’investiture le 23 mai 2021 pour un 2ème mandat de Président de la République. Mais plusieurs mois après cette annonce, l’horizon nous semble toujours sombre, même si celle-ci relance l’espoir de plus d’un de voir enfin se construire au Bénin un tissu industriel à l’aune des efforts de nos braves producteurs qui, eux, ne reculent devant aucune difficulté pour porter au succès toutes les politiques agricoles du gouvernement. Pour nous, au-delà d’un espoir, le retour de l’Etat dans le secteur industriel serait même enfin un sursaut d’orgueil vers une profonde réforme économique nationale autour des enjeux du marché de la CDEAO et de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). La ratification des accords sur la Zlecaf implique que les Etats membres comme le Bénin mettent sur le marché les produits de consommation propres à la zone. Mais s’ils ne transforment pas leur production, que mettront-t-ils alors sur ledit marché face aux nombreux produits occidentaux et asiatiques surtout ?
Le Bénin premier producteur de coton oui ! Mais maintenant, passons à sa transformation sur place pour le marché national et continental… Nous voulons maintenant des tissus made in Benin sur ces marchés. Cette ambition politique affichée, pour être concrétisée, doit dépasser les effets d’annonce. Patrice Talon et les siens n’ont donc pas droit à l’erreur ni à un quelconque rétropédalage dans cette volonté d’investir dans l’industrie et se doivent de vite passer à l’acte. L’innovation étant l’une des clés du développement, nous serons tous heureux de savoir que Talon 2 l’a bien compris aussi en faisant l’option de sortir le Bénin des sentiers battus, soixante-et-un ans après l’indépendance, dirions-nous! La transformation du coton béninois, aiderait, certes, notre pays à continuer par asseoir les bases irréversibles d’un développement authentique mais c’est aussi les cultivateurs de coton qui se trouveront encore plus honorés. « Le vrai rêveur, c’est celui qui rêve de l’impossible », a insinué Elsa Triolet. Talon, lui, pour ce qu’on sait ne rêve pas de l’impossible pour le Bénin. Il sait que ce retour de l’Etat dans le secteur industriel est l’une des solutions idoines au chômage des jeunes en même temps qu’il permet de bâtir une économie plus diversifiée, dynamique, solide et résiliente. Impatient, le peuple observe en silence et attend encore ce moment de gloire.

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