Sero Kora sur l’agrobusiness au Bénin : « L’agrobusiness paie. Les gens ignorent ça ! »

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Le chômage est l’un des principaux problèmes auxquels est aujourd’hui confrontée la jeunesse béninoise. Après plusieurs années d’études, trouver un emploi devient un véritable casse-tête pour les jeunes diplômés. Selon plusieurs observateurs, la solution à ce problème se trouve dans l’auto-emploi notamment l’entrepreneuriat agricole. Un secteur qui, à en croire Séro Kora, Ingénieur agronome et Président des cuniculteurs du département du Borgou, nourrit bien son homme à condition de bien s’y prendre. Lisez plutôt l’entretien qu’il a accordé à notre Rédaction.

Propos recueillis par Jacques D. BOSSE

D’abord, dites-nous, quelle lecture faites-vous aujourd’hui de l’entrepreneuriat agricole au Bénin ?

Je pense qu’il y a déjà un pas qui s’en va être franchi par l’Etat parce qu’il y a un programme appelé Pedab qui est en train d’organiser les jeunes et leur faciliter l’accès aux finances. Mais l’autre chose également est qu’il revient à la jeunesse de se prendre au sérieux et de lire à travers les signaux parce que l’heure actuelle est à la promotion de l’auto-emploi ; ceci va dépendre aussi de la formation. Il faut que dès notre formation, qu’on sache qu’on doit pouvoir s’auto-employer et non avoir les bras croisés et attendre que l’Etat ou quelqu’un vous emploie.

Pensez-vous aujourd’hui, à la lecture des choses, que les jeunes veulent aller à la terre ?

Les jeunes sont très réticents pour aller à la terre. Vous savez, la terre est salissante et tout le monde veut être propre, faire le m’as-tu-vu, être en cravate, sortir d’un bureau bien frais. Or, quand tu vas à la terre, c’est tout à fait le contraire. C’est donc un frein et c’est ce qui handicape  la jeunesse à aller à la terre. Ils oublient cependant qu’on peut aller à la terre et avoir tous les moyens pour s’offrir tout le luxe que nous voulons. Je connais des entrepreneurs agricoles mais qui, si vous entrez dans leur bureau, vous n’avez rien à envier au bureau du Directeur d’une grande société. Si vous voyez leurs moyens roulants, vous n’avez rien à envier à un Dg d’une société ou même à un Ministre.

Alors selon vous, faut-il parler d’un problème psychologique parce que dans notre société lorsque vous vous présentez comme agriculteur, dans la tête des gens c’est que vous êtes de  la basse classe. Est-ce qu’il ne faut pas changer de mentalité ?

Par le passé, l’agriculture était une agriculture de subsistance. Mais à l’heure actuelle, on a dépassé cette étape. On est à l’ère de l’entrepreneuriat agricole. Celui qui a son entreprise, c’est pareil pour l’entrepreneuriat agricole. J’ai un domaine où je pratique soit l’élevage ou la production végétale. Je produis, j’ai des collaborateurs qui travaillent pour moi. C’est ça aujourd’hui que la jeunesse doit comprendre. On doit aller vers la mécanisation et non produire rien que pour nourrir sa propre bouche. Non ! Il faut produire pour nourrir la population béninoise et au-delà.

Concrètement, quand on parle de l’entrepreneuriat agricole selon vous, par où faut-il commencer ? Vos conseils….

Il y a plusieurs secteurs : l’agrobusiness, la transformation et la commercialisation que les gens oublient très souvent. Je produis mais je ne suis pas supposé vendre ce que je produis. Il faut peut-être quelqu’un d’autre pour vendre ce que je produis et ça aussi c’est de l’entrepreneuriat agricole. Nous avons tout une gamme de produits qu’on peut transformer et exporter. Il y a pas mal de choses que l’entrepreneur agricole peut promouvoir. Pour les jeunes, lorsque vous finissez les études ou même sans avoir fini, il faut commencer par entreprendre. En étant étudiant, tu peux avoir une petite unité de production ou de transformation. Je connais un jeune, il était étudiant lorsqu’il transformait déjà les pommes de terre en jus. Non seulement ça lui a permis de financer ses études mais aujourd’hui, il a ouvert un grand centre de transformation de jus dans ce Parakou. En étant même sur les bancs, on peut déjà commencer par s’auto-employer. L’agrobusiness paie. Les gens ignorent ça ! Ils pensent qu’il faut aller travailler pour quelqu’un ou pour l’Etat pour pouvoir réussir. Ce n’est pas possible. Moi Ingénieur agronome, quand je finissais mes études, employé par l’Etat central, j’étais à moins de cent mille franc Cfa le mois. Mais imaginez ce jeune qui dans le mois fait un chiffre d’affaire de deux cent cinquante mille francs en étant étudiant. Moi Ingénieur agronome bac+5, cadre A1 avec un salaire de moins de cent mille je me gonfle. J’ai fait juste un an et je suis parti parce que je suis quelqu’un de très ambitieux.

Une chose est de vouloir se lancer dans l’agrobusiness mais l’autre chose est de trouver la terre pour le faire. Ne pensez-vous pas qu’il y a aujourd’hui cette difficulté liée à l’’accès à la terre ?

Ce que je dis, ça ne voudra pas dire qu’il n’y a pas de difficultés. Bien sûr qu’il y en a. Mais à chaque fois, il faut les surmonter. Il y a plusieurs modes d’accès à la terre. Il y a des gens aujourd’hui qui ont des parcelles mais qui ne les exploitent pas. Je connais pleins de jeunes qui louent les parcelles et font leur business. Je prends une parcelle de 25 mètres sur 20 par exemple, tu peux trouver une parcelle comme ça au plus à quinze mille le mois. Tu peux t’installer là et faire un chiffre d’affaire Ce que la jeunesse doit éviter, c’est de se mettre un blocage dans la tête. Non, il faut dépasser ça. Il n’y a rien qui soit impossible. Lorsque le plan A ne marche pas, va au plan B et ainsi de suite. Il n’y a pas cette activité qui soit rose à 100%.

Ne faut-il pas consulter les personnes ressources ?

Parfait ! Il y a beaucoup qui me consultent. Je leur donne des conseils et ça évolue. Je les visite de temps en temps.

Pensez-vous, comme le disent certains, qu’on peut entreprendre à zéro franc ?

Le financement n’est pas un problème pour un débutant. Je vais vous surprendre en vous disant que j’ai commencé par entreprendre quand je n’avais même pas zéro franc. C’est ma femme actuelle qui, en son temps, était ma copine qui me donnait 50 francs si son papa lui donne 100 francs. C’est dans cette période-là que j’ai démarré ; ça m’a donné une leçon parce que je me suis dit qu’il faut qu’avec ces 50 francs, je puisse acheter un lapin. Le lapin que j’ai acheté a donné sept lapereaux. J’ai élevé cinq d’entre eux que j’ai vendus par la suite à trois mille francs Cfa l’unité et ainsi de suite j’ai évolué. Le conseil que je donne aux jeunes est qu’il ne faut pas chercher à grandir d’un seul coût. Tu peux même commencer avec un petit jardin et t’installer petitement. C’est par là que tu pourras acquérir d’expériences.

Avec la logique entrepreneuriale, comment l’Etat pourra accompagner le jeune entrepreneur agricole quand on sait qu’il n’existe pas au Bénin une banque typiquement agricole prête à accompagner les jeunes ?

Je pense que c’est dans ce cadre que l’Etat central a réfléchi pour mettre en place le programme Pedab qui arrive à cautionner les jeunes pour avoir accès aux services financiers bien sûr avec un taux approprié à l’agriculture. C’est un programme en cours mais qui n’a pas véritablement connu une phase active. On plaide pour que l’Etat appuie l’entrepreneuriat agricole, qu’il y ait des banques spécifiques adaptées au financement agricole et non des banques classiques que nous avons. L’Etat doit aussi jouer sa partition en cautionnant les jeunes pour avoir accès aux services financiers et s’auto-employer.

La formation dispensée dans les Universités et les écoles n’est pas adaptée aux réalités du terrain. Que faire alors ?

Ça, ne nous leurrons pas. La formation doit se mettre en phase avec le dynamisme actuel qui se veut être l’auto-emploi. Il ne faut pas être formé pour ne pas savoir au finish ce que tu sais faire. J’ai toujours échangé avec des amis d’autres pays, les anglophones notamment. J’ai fait un tour au Ghana, j’ai des partenaires au Nigéria. Lorsqu’ils vous parlent, vous êtes sidérés. Toi tu te dis Ingénieur agronome, eux ils n’ont même pas ce titre mais quand ils vous parlent, vous sentez la différence. Un dernier message à l’endroit de la jeunesse ? A la jeunesse, de se mettre en phase avec le dynamisme de notre siècle, qui veut qu’elle s’auto-emploie. Pour toutes difficultés, c’est de pouvoir cibler les bonnes personnes et recevoir des conseils de leur part pour vraiment pouvoir s’en sortir.

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