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AGRICULTURE DE PRÉCISION : Une innovation béninoise s’impose à l’échelle africaine

  • Marietta Gonroudobou remporte le Prix Pierre Castel 2026

La technologie s’impose progressivement comme un levier de transformation de l’agriculture béninoise. À travers Agro Hikari, l’entrepreneure Marietta Gonroudobou vient d’offrir au Bénin une reconnaissance à l’échelle continentale. Son projet axé sur l’agriculture de précision a remporté, le 30 septembre 2026 à Cotonou, le Prix Pierre Castel 2026, face à sept autres initiatives africaines. Une distinction qui met en lumière les possibilités offertes par les données, les drones et les outils numériques pour améliorer la productivité agricole.

Pour cette 9ᵉ édition du Prix Pierre Castel, le Fonds Pierre Castel avait retenu des initiatives engagées dans la transformation durable des systèmes alimentaires. Plus de 3 500 inscriptions ont été enregistrées dans les sept pays concernés par le concours, avant un processus de sélection ayant permis de retenir huit lauréats nationaux pour la finale panafricaine. Le Bénin était représenté par Marietta Gonroudobou, fondatrice d’Agro Hikari, dont la solution vise à optimiser les pratiques agricoles, améliorer les rendements et réduire les coûts de production.

Derrière cette distinction se trouve une approche qui cherche à faire évoluer la manière dont les producteurs observent et conduisent leurs exploitations. L’agriculture de précision repose notamment sur l’exploitation des données pour mieux connaître les parcelles, suivre l’évolution des cultures et adapter les interventions aux besoins réels des plantes et des sols. Parmi les outils mobilisés figurent la cartographie des parcelles, l’analyse des sols, la télédétection, les drones et l’intelligence artificielle. L’objectif est notamment de permettre une utilisation plus ciblée des ressources et de limiter les interventions inutiles.

Cette orientation répond à plusieurs défis auxquels sont confrontés les agriculteurs africains. Dans un contexte marqué par la variabilité climatique, la pression sur les ressources naturelles et la nécessité d’améliorer les rendements, disposer d’informations précises sur une parcelle peut permettre de mieux orienter les décisions. Pour les producteurs, l’enjeu est de pouvoir savoir où intervenir, à quel moment et avec quelle quantité d’intrants, d’eau ou de produits phytosanitaires. L’agriculture de précision apparaît ainsi comme un moyen de rechercher simultanément une meilleure productivité et une utilisation plus rationnelle des ressources.

Le parcours de Marietta Gonroudobou ne se limite d’ailleurs pas au Prix Pierre Castel. Son travail autour d’Agro Hikari s’inscrit plus largement dans le développement de solutions numériques destinées au secteur agricole. Le World Food Prize la présente parmi ses « Top Agri-food Pioneers 2026 » pour son travail de vulgarisation et de conseil agricole, ainsi que pour le développement de solutions technologiques. L’entrepreneure a notamment travaillé sur une solution de pulvérisation utilisant des drones, distinguée lors des finales du hackathon ACMA Phase 3.

La consécration obtenue à Cotonou donne désormais une visibilité continentale à cette approche. La finale réunissait huit entrepreneurs issus de l’Algérie, du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de Madagascar et de la République démocratique du Congo. Les projets présentés couvraient plusieurs domaines, notamment l’agriculture de précision, l’aquaculture, la transformation des produits locaux, la traçabilité et la digitalisation des exploitations.

Au-delà du prestige du prix, la distinction ouvre également des perspectives pour Agro Hikari. La victoire est accompagnée d’une dotation totale annoncée de 35 000 euros, ainsi que d’un accompagnement comprenant un an de mentorat et de coaching personnalisé et un soutien à la participation à des événements internationaux. Ces moyens doivent notamment contribuer au développement de l’activité et à son changement d’échelle.

Pour l’agriculture béninoise, l’enjeu sera désormais de transformer cette reconnaissance en solutions accessibles aux producteurs. Car si les drones, l’intelligence artificielle, la cartographie et les outils d’analyse peuvent améliorer la prise de décision, leur impact dépendra de leur capacité à répondre aux réalités des exploitations, notamment celles des petits producteurs. La question du coût des services, de l’accès aux données, de la formation des utilisateurs et de l’accompagnement technique restera donc déterminante.

Moudachirou ALIOU

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